POUYAT  1835-1912

Une des manufactures les plus célèbres de Limoges au 19ème Siècle

La manufacture de Fours

C’est en 1815 que François Pouyat et ses trois fils, Jean, Jean-Baptiste et Léonard, se trouvant à l’étroit à Paris, commencèrent les premières démarches pour installer à Fours une usine de porcelaine de 800 ouvriers et 12 fours. Chiffres gigantesques non seulement pour l’époque mais encore aujourd’hui où la plus importante usine française comporte à peine 500 ouvriers !. Il semble que ces chiffres ont été donné pour impressionner les autorités et hâter les formalités.

 

Mais pourquoi Fours et pas Limoges, qui semblait tout indiquée ?. Les raisons données ou supposées sont les suivantes : existence de gisements de kaolin dans la Nièvre, vastes forêts propres à assurer le ravitaillement en combustible, bonne affaire immobilière réalisée par un ami des Pouyat, le sieur Le Bourgeois, négociant en porcelaine à Paris et récent acquéreur pour la somme de 95 000 F de l’ancienne verrerie de Fours, la verrerie Sainte-Catherine qui avait connue son heure de gloire sous l’ancien régime et la direction du Comte de Vogué et qui existait depuis le XVIème siècle.

 

Ce Le Bourgeois devait être un bon vendeur car Fours ne semblait pas l’endroit idéal en 1815 pour des entrepreneurs parisiens qui veulent s’agrandir. L’état des routes est déplorable, le village de Fours est très pauvre, la pluspart des maisons sont construites en bois et manquent totalement du confort le plus élémentaire.

Malgré tout ces atouts défavorables, l’idée n’est pas si mauvaise, puisque Fours eut sa porcelainerie et ce jusqu’en 1865. Aujourd’hui encore, la place principale porte le nom de Pouyat, son fondateur et c’est avec nostalgie que les habitants parlent du temps où il existait dans le pays une vaste usine qui ne s’est jamais retrouvé.

 

La porcelainerie démarre vite, dès 1817. Des ouvriers vinrent de Paris, Limoges, Vierzon, Chantilly. Une école d’apprentis fut ouverte au bout de deux ans.

Dès 1820, la liste des articles fabriqués comprend plus de 230 formes. Il est probable qu’une partie du matériel, des moules et des modèles de Locré est été transportée à Fours pour démarrer la manufacture.

Parmi les peintres sur porcelaine employés vers 1825 un nom attire l’attention. Celui d’Alexandre Dodé, le gendre de Russinger, deuxième propriétaire de la Manufacture de Locré. On peut penser que Dodé fut gardé par les Pouyat lorsque ces derniers rachetèrent la manufacture et qu’il fut envoyé à Fours pour apprendre aux peintres sur place comment décorer les modèles parisiens. Il faut aussi noter que Dodé n’était pas un simple ouvrier. Il possédait une partie des terrains de la manufacture parisienne qu’il vendit à la famille Clauss lorsque celle-ci s’établit rue de la Pierre-Levée en 1822.

 

La direction de l’usine de Fours fut assurée dès son début par Léonard Pouyat qui y consacra sa vie. Il est mort à Fours en 1845 à l’âge de 70 ans.

 

Dix ans après la mort de Léonard, on apprend d’après un rapport sur les exposants admis à l’Exposition universelle de 1855, que l’usine n’est plus dirigée par un Pouyat mais par Pierre Lebrun. Cependant la fille de Léonard, Félicie et son mari Charles Dechabaque siègent au conseil d’administration.

 

Lebrun plus ambitieux que Léonard Pouyat qui ne fut que conseiller municipal, aspire également à la fonction de maire. Poste auquel il fut nommé en 1851. A partir de cette date Lebrun devient le vrai maître du village. Il se fit construire une belle maison, aujourd’hui occupée par le notaire de Fours. On a appelé cette maison, « la maison des amendes », car c’est paraît-il, grâce aux amendes que Lebrun infligeait à ses ouvriers pour la moindre faute, qu’il finança sa demeure.

 

Des difficultés financières ralentirent considérablement l’activité de l’usine en 1859, une partie des ouvriers quittant le village de peur de manquer de travail. Une nouvelle société est fondée en 1860 avec Félicie Pouyat, veuve de Charles Dechabaque et Pierre Lebrun, qui prend une part de plus en plus prépondérante. La raison sociale sera d’ailleurs Pierre Lebrun et Compagnie. C’est à la suite d’une violente querelle politique que Lebrun sera amené à démissionner en 1864 et que cette démission entraînera la fermeture de l’usine en 1865.

 

Fours semble avoir produit tout au long de ces longues années une porcelaine de qualité, industrielle, sans une très grande originalité de style, destinée à l’hôtellerie et à l’usage courant comme le confirment les indications données par les pièces exposées à l’Exposition Universelle de 1855. Les pièces sont peu identifiables car elles ne portaient rien d’autre que le signe distinctif de chaque ouvrier qui payé aux pièces, lui permettait, après chaque cuisson de toucher son dû.

Sans aucun doute de nombreuses pièces fabriquées à Fours sont vendues aujourd’hui par les antiquaires comme Vieux Paris !.